Jeux vidéo physiques, la Video Game History Foundation tire la sonnette d’alarme
Sur le risque pour la préservation
La disparition progressive du jeu vidéo physique interroge. Le débat est une nouvelle fois sur la table suite à l’annonce de l’arrêt des supports physiques chez PlayStation et des indiscrétions évoquant une stratégie similaire chez Xbox avec sa future console Helix. De même Nintendo s’est également fait remarqué avec sa tendance a proposer des cartouches servant uniquement de clé d’accès numérique. La Video Game History Foundation prend la parole.
Dans un communiqué, l’organisation spécialisée dans la préservation du patrimoine vidéoludique estime que la fin du support physique est une mauvaise nouvelle. Elle y voit aussi une menace pour certains droits des consommateurs, le marché de l’occasion et les créateurs dépendant encore de la distribution physique.
Cependant selon elle, du point de vue strict de la préservation, la disparition du disque n’est pas un basculement aussi brutal qu’il y paraît.
Le disque ne suffit déjà plus à préserver un jeu moderne
La Video Game History Foundation rappelle une réalité bien connue des joueurs. Posséder un jeu sur disque ne garantit plus forcément de conserver l’expérience complète. De nombreux titres nécessitent un patch day one, des mises à jour importantes, des contenus téléchargés séparément ou une connexion à des services en ligne. En clair, avec le temps le support physique contient une version incomplète, obsolète et difficilement représentative du jeu réellement joué par le public.
Du coup même si un support physique existe, il ne constitue donc pas toujours une archive fiable à long terme.
La fondation rappelle que la majorité des jeux produits au cours des deux dernières décennies ne sont pas forcément pensés pour les consoles de salon traditionnelles ni distribués sur support physique. PC, mobile, plateformes numériques, jeux en ligne et productions indépendantes ont déjà déplacé une grande partie de l’industrie vers le dématérialisé.
Le problème est ailleurs
La grande question n’est donc pas uniquement la disparition du support physique. Le vrai problème concerne l’absence de méthode claire, légale et durable pour préserver les jeux et permettre leur consultation par les chercheurs, musées et historiens.
Si les constructeurs abandonnent les disques tout en fermant progressivement les anciennes boutiques numériques, l’accès à de nombreux jeux pourrait devenir impossible. Une œuvre pourrait disparaître non pas parce que personne ne souhaite la conserver, mais parce que les outils juridiques et techniques ne permettent pas de le faire correctement.
La fondation résume cette impasse avec un exemple parlant, demander à un musée de télécharger une copie de GTA 6 en espérant qu’elle fonctionnera encore dans cinquante ans ne peut pas être considéré comme une véritable stratégie de préservation.
La fondation appelle l’industrie à agir
La Video Game History Foundation invite l’industrie à prendre ses responsabilités. Elle demande aux propriétaires de plateformes, aux éditeurs et aux groupes professionnels de proposer des solutions afin que les institutions culturelles puissent préserver légalement les jeux numériques et les rendre accessibles à la recherche.
L’organisation pointe notamment le rôle de l’Entertainment Software Association. Selon elle, l’ESA s’est opposée à plusieurs reprises aux tentatives de réforme du droit d’auteur visant à faciliter le travail des bibliothèques, musées et archives autour des copies numériques de jeux vidéo. D’un côté, l’industrie reconnaît l’importance de la préservation et de l’autre elle freine les évolutions légales qui permettraient aux institutions spécialisées d’assurer cette mission dans de bonnes conditions.
Au-delà de la conservation historique, cette évolution interroge aussi le rapport des joueurs à leurs achats. Un jeu physique pouvait être prêté, revendu, conservé sur une étagère ou transmis. Une version numérique dépend davantage d’un compte, d’une plateforme, d’une licence d’utilisation et de serveurs toujours actifs. La bascule vers le tout-numérique offre des avantages mais elle efface la maîtrise de que l’on achète.
Pour les défenseurs du patrimoine vidéoludique, la question devient urgente. Le jeu vidéo est désormais une industrie culturelle majeure, mais ses œuvres restent plus fragiles que celles du cinéma, de la musique ou du livre. Sans cadre adapté, une partie importante de son histoire pourrait devenir inaccessible.


